a grandeur de Hadassa Tal en tant que poète est étroitement liée au fait qu’elle ne fait pas et n’a jamais fait partie d’un quelconque groupe de poésie local, elle est une poète unique en son genre. On sent dans son travail de création que séduire ne l’intéresse pas, et que le seul et unique effort, pur, consiste à conserver un rapport intime avec les mots, et à ne pas les laisser glisser vers le terrain des généralisations. Ainsi, tout en douceur, Hadassa Tal a créé un corpus riche révélant une lutte incessante contre la langue et les batailles menées pour préserver son authenticité et celle de ses sensations, et ceci atteint, à mon avis, son apogée dans son dernier livre, « Ça qui effraie la parole”,  centré sur la perte de sa fille. Toutefois, ce n’est pas tant la perte qui est au cœur de ces poèmes, que la question de savoir comment écrire sur la perte sans faire semblant ne serait-ce qu’un instant. Ce recueil de poèmes est sans conteste une chef-d’œuvre méritant tous les prix.

Benny Ziffer
éditeur du supplément littéraire du journal Haaretz

Il arrive si rarement, pour ainsi dire jamais, qu’une voix comme la tienne voie le jour. Quand cela se produit, tout prend alors du sens, un sens profond, qui prolonge l’âme de l’art. Le lecteur pénètre un merveilleux jardin composé de beauté, de sagesse et de douleur pure.

Léah Snir
éditrice de la poésie, Edition Hakibbutz Hameuchad

«Ça qui effraie la parole », le sixième recueil de Hadassa Tal, est admirable… Tal, qui dans sa poésie s’occupe de l’écart abstrait existant entre le mystique et le réel, distille dans ce livre sa poétique pour exprimer une douleur inexprimable avec des mots, et le résultat est magnifique et bouleversant. Comme un rai de lumière se faufilant à travers une brèche minuscule, ses poèmes renferment une ardeur philosophique subtile et dense. « Dans la prunelle de ton absence je suis le reflet / La lumière perlée qui tombe c’est toi // Rien n’a changé, à part que tout a changé ». Hadassa Tal est une poète talentueuse, son évidente capacité à distiller l’impossible bouleverse, à cause des mots qu’elle emploie et pas seulement à cause du malheur qui les sous-tend : « Pourquoi. Le plus ancien dans l’assortiment des sons ». Le langage se trouve désemparé face à une douleur sans nom, mais le poème reste possible, en impliquant la mémoire, ainsi que des instruments poétiques aiguisés et délicats, œuvrant à extraire le fondement de la langue, presque jusqu’à la rupture : « Seigneur, / cette séparation / entre elle et sa vie / entre elle et moi / entre moi / et toi / entre toi et / ton absence. / Ça, qui effraie la parole ». « Chaque nuit l’obscurité fait entendre un seul cri. Viens – / chaque matin l’est erre vers l’ouest, te tirant / par les doigts du cœur. Tu vagues, inscrite / dans une veine fine / abandonnes au reflux le secret des marées / et tous les manques s’écoulent en moi. Pas dans la mer ». Le sujet d’une mère ayant perdu sa fille effraie véritablement le langage. Hadassa Tal réussit à réaliser l’incroyable avec l’impossible : le résultat est un recueil de poèmes poignant de beauté.

Bacol Serlui
Makor Rishon, 2017